Résumé français

Contexte: Des écosystèmes d’eau douce fonctionnellement intacts et riches en biodiversité constituent l’épine dorsale d’une société saine. Ils jouent un rôle unique en fournissant des services écosystémiques essentiels : des services de production tels que l’approvisionnement alimentaire aux fonctions de régulation telles que le traitement naturel des déchets, en passant par les valeurs culturelles telles que les loisirs. Afin de préserver ces fonctions vitales pour l’avenir, il est essentiel d’élaborer des directives environnementales strictes, des plans de gestion et des travaux de restauration des cours d’eau. Bien que leur valeur soit inestimable, les écosystèmes aquatiques comptent actuellement parmi les systèmes les plus sensibles au monde. La perte d’habitat et les changements anthropiques ont stabilisé de nombreux processus morphodynamiques naturels. Partout dans le monde, le cours des rivières et les niveaux d’eau sont contrôlés par des constructions telles que des stations de pompage, des centrales hydroélectriques, des digues, des barrages, des barrages-voûtes et des écluses. Ces interventions ont profondément modifié la morphologie des cours d’eau, réduisant l’espace naturel de débit et rompant les connexions écologiques. Cela a conduit à la fragmentation de la nature caractéristique des plaines inondables. Afin d’inverser cette tendance, la directive-cadre européenne sur l’eau (DCE) sert depuis décembre 2000 de référence centrale pour une politique européenne uniforme en matière d’eau. La DCE vise à assurer le bon état de tous les milieux aquatiques avec deux objectifs principaux :

  1. Préserver les ressources en eau et la qualité de l’eau.
  2. Atténuer les effets des inondations et de la sécheresse.

Pour les eaux naturelles, l’état écologique est mesuré à l’aide d’éléments de qualité biologique — tels que les poissons, les macro-invertébrés et le phytoplancton —, complétés par des paramètres hydromorphologiques et chimiques. Pour les eaux fortement modifiées ou artificielles, la politique vise un bon potentiel écologique, en donnant à la nature un maximum de chances dans le cadre de l’utilisation humaine.

Domaine de recherche et objectif: les projets de restauration des cours d’eau ont pour objectif d’accroître les services écosystémiques et, idéalement, de restaurer les systèmes d’eau douce endommagés sans compromettre les écosystèmes en aval et côtiers. De nos jours, la restauration des cours d’eau est pratiquée dans le monde entier. Cependant, le retour des cours d’eau à leur état d’origine n’est souvent plus possible en raison des changements dans l’utilisation des sols et d’autres conditions cadres. Néanmoins, à l’automne 2016, le gestionnaire de l’eau (Vlaamse Milieu Maatschappij, VMM) a pu lancer dans la vallée de la Zwarte Beek, dans le Limbourg, plusieurs mesures de restauration d’habitats relativement importantes, telles que la rémeandration et l’assainissement de plusieurs points de passage difficiles pour les poissons, dans le but de restaurer des habitats fonctionnels. L’objectif était de créer les meilleures conditions abiotiques possibles pour que le système fluvial puisse se développer de manière spontanée et naturelle. Les travaux de restauration ont été achevés au printemps 2017 et les campagnes de mesure du système ont été réalisées en 2016, 2019 et 2024.

Résultats : La texture du sol est restée stable depuis 2016. Le sol se compose toujours en grande partie de parts égales de grès fin, de grès grossier et de matière organique grossière. Cependant, certains indices prudents suggèrent que la proportion de limon diminue au profit de la proportion de gravier fin et de pierres, ce qui est favorable à différentes communautés. La hauteur moyenne du sol semble peu influencée par la méandration, mais la variation spatiale de la hauteur du sol semble avoir fortement changé en raison de la création naturelle de mares et de riffles qui, au fil du temps, sont devenues plus prononcées tant en profondeur qu’en longueur du ruisseau. Le rémeandrage a réduit la vitesse moyenne du courant, ce qui favorise la rétention d’eau et la sédimentation des matières en suspension. Malgré une augmentation de la variabilité spatiale de la vitesse d’écoulement, typiquement due à une modification de la morphologie, celle-ci ne peut être directement liée au réaménagement lui-même, car elle est également très marquée dans la section de contrôle. En résumé, nous observons une variabilité accrue dans la structure des habitats, principalement en termes de hauteur du lit et, dans une moindre mesure, de vitesse d’écoulement. Lorsque l’on évalue les mesures de la qualité de l’eau en amont et en aval avant et après les travaux de restauration, il semble y avoir un léger effet positif sur les composés azotés, mais aucun effet sur les composés phosphorés, les matières en suspension et le bilan oxygène. Ces tendances ne sont toutefois pas très convaincantes, car elles se caractérisent par une grande variabilité temporelle et peuvent avoir différentes causes. Après une baisse initiale de la taille de la population, de la biomasse, de la diversité et de l’intégrité biotique des communautés piscicoles entre 2016 et 2019, une évolution largement positive a été observée en 2024, dépassant même la situation initiale de 2016. Outre une amélioration de la qualité écologique, un plus grand nombre d’espèces ont été observées, notamment des espèces préférant les courants forts telles que le chevesne, qui étaient plus fortement représentées et faisaient partie de populations saines (en termes de répartition par taille). L’hydromorphologie s’est avérée être le facteur le plus important pour expliquer le changement de structure de la communauté piscicole, les éléments les plus déterminants étant principalement la vitesse du courant, suivie de la profondeur, la proportion de matière organique et la hauteur du fond. En outre, la proportion de plantes aquatiques et la végétation riveraine se sont également révélées importantes pour la structure des communautés piscicoles. La suppression de l’effet de barrière des barrages semble entraîner une plus grande diversité de la communauté piscicole en raison du mouvement vers l’amont de différentes espèces telles que le chevesne, le vairon, le brochet et le blageon. La qualité des communautés de macro-invertébrés et de macrophytes (plantes aquatiques) ne semble pas être influencée au fil du temps.

Conclusion: en 2024, la rémeandration du Zwarte Beek semble avoir un effet positif net sur la qualité de l’habitat et les communautés de poissons associées. Les communautés ont besoin de temps pour s’adapter aux conditions créées par les travaux de restauration. Il est donc essentiel d’assurer un suivi sur une longue période. Malgré l’amélioration de la structure fluviale en 2019, les espèces de poissons n’ont suivi qu’en 2024. Il est recommandé de poursuivre le suivi des travaux de restauration afin de déterminer comment le système évolue.

Disponibilité des données: nous utilisons plusieurs ensembles de données abiotiques et biotiques collectées dans le cadre de cette étude. Un article correspondant est en cours de rédaction et ces ensembles de données y seront publiés. D’ici là, vous pouvez contacter stijn.bruneel@inbo.be pour toute question concernant les données. Le protocole « description de l’habitat » utilisé a été ajouté aux annexes.

 

Creative Commons-Licentie Bruneel, S., et. al. (2026). 10.21436/inbor.141733221